Sarayaku

La Forêt Vivante du Peuple du Midi en Amazonie équatorienne

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Photo: Wachachik
Auteur(s): Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku et Fondation ALDEA

Nous, Peuple de Sarayaku, nous reconnaissons comme Peuple Autochtone Kichwa. Nous sommes environ 1500 habitants organisés en sept centres communautaires: Kali Kali, Sarayakillu, Chuntayaku, Shiwakucha, Puma, Kushillu Urku et Mawka Llakta. Nous vivons sur un territoire d’une superficie de 135 milles hectares abritant une importante biodiversité: Sacha (la forêt), Yaku (les rivières), les cascades, les lagunes noires, Allpa (la terre et le sous-sol) et Wayra (le vent). Tous ces éléments alimentent une infinité d’écosystèmes et d’espèces de flore et de faune essentielles à la subsistance des familles, dont les activités principales sont la chasse, la pêche, la gestion des chacras (cultures agricoles) et la récolte de produits issus de la forêt. Notre territoire amazonien est principalement recouvert de forêts humides tropicales et présente des paysages variés: collines boisées, forêts de plaine et forêts alluviales, zones humides et semi-humides, zones riches en sels minéraux et le Sisa Ñampí, ou « grand chemin de fleurs ».

Au cours de notre histoire, nous avons connu la pression exercée par les missions religieuses, la présence des caoutchoutiers, la relation avec les commerçants venus du Pérou et la confrontation avec d’autres Peuples Autochtones. Malgré cela, nous avons conservé nos traditions relatives à l’utilisation et la gestion du territoire, à notre organisation et notre relation avec la nature.

« Nous, Peuple de Sarayaku, sommes les héritiers d’une histoire de résistance et de lutte pour le maintien de notre liberté face à la colonisation, aux invasions et agressions extérieures, car nous sommes Sarayaku runakuna, les descendants du jaguar. Nous peuplons le bassin créé par les rivières Bobonaza, Pastaza et Marañón, que les Tayakkuna, porteurs d’une sagesse millénaire, ont parcouru avant nous, donnant aux lieux leurs noms ».

Déclaration Kawsak Sacha – Forêt Vivante, 2018.
Photo: Wachachik

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135 000 hectares

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Gardiens: Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku, 1 500 membres

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Voir le site de
Kawsak Sacha

La Forêt Vivante

Sarayaku se trouve au cœur du bassin de la rivière Bobonaza, dans la province de Pastaza, au centre de l’Amazonie équatorienne. Nous avons une vision holistique de la Pachamama (terre mère)et du territoire: dès notre naissance, nous adoptons une forme de vie intégrée à celle des autres êtres qui peuplent la Forêt Vivante, un concept fondé sur la reconnaissance des Sacha runakuna (habitants de la forêt visibles et non visibles). C’est avec eux que nous établissons des relations de réciprocité et que nous définissons et pratiquons le Sumak Kawsay, ou la « vie en harmonie ». 

En 2018, lors de l’Assemblée Générale du Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku, nous avons déclaré de façon autonome et auto-déterminée notre territoire sous le nom de Kawsak Sacha – Forêt Vivante: être vivant, conscient et sujet de droits.

Le Kawsak Sacha est un fondement de notre cosmovision et nous apporte l’énergie et le souffle de vie. La Forêt Vivante est un être avec qui communiquent les Yachakkuna (ou chamanes) afin de recevoir ses enseignements et de les transmettre. Cet apprentissage nous oriente et nous guide vers l’accomplissement du Sumak Kawsay. Le Kawsak Sacha est la source primordiale du Sumak Kawsay: il offre un espace de vie et nourrit les aspects émotionnels, psychologiques, physiques et spirituels. La terre, Allpa mama, est la mère, l’origine de la vie et de l’existence. La rupture de tout élément au sein de cette structure holistique signifie la fin des liens vitaux qui relient les êtres protecteurs aux être humains. 

Un gouvernement autonome

En 1979, nous avons été légalement reconnu comme « Centre Alama Sarayaku ». Une réforme de nos statuts nous a ensuite permis d’accéder à la personnalité juridique en tant que « Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku ou Tayjasaruta» en 2004. Une nouvelle réforme statutaire est actuellement en cours. Notre organisation politique et administrative est de type mixte et intègre des figures d’autorités traditionnelles, dont 7 Kurakakuna [1] et 7 Likuatikuna[2] qui sont désignés par chaque communauté, ainsi que 11 dirigeants, femmes et hommes, en charge du gouvernement autonome et de l’administration de la justice autochtone sur le territoire, selon les termes de la Constitution équatorienne de 2008. Le Conseil de gouvernement est nommé par consensus au sein du Congrès du peuple et a pour tâche de constituer une équipe de soutien technique, une équipe de Kaskirunakuna (gardiens de la forêt), une équipe de communication et l’équipe Wio, chargée de la sécurité. Les femmes se réunissent au sein de l’association Kuriñampí (Chemin doré) et les jeunes ont formé le Sarayaku Malta Runa Tandanakuy, l’Union des jeunes. 

Positionnement des Kurakas sur la Pachamama (mai 2019). Photo: Wachachik.

En termes de liens organisationnels, nous sommes affiliés à la Pastaza Kikin Kichwa Runakuna[3], qui regroupe les Peuples Kichwas de la province [4] de Pastaza et nous avons une participation directe au sein de la Confédération des Nationalités Autochtones de l’Amazonie équatorienne (CONFENIAE)[5], une organisation régionale autochtone qui représente l’Amazonie et est affiliée à la Confédération des Nationalités Autochtones de l’Équateur[6], qui est l’organisation nationale. La CONFENIAE est également affiliée a la Coordination des Organisations Autochtones du Bassin de l’Amazonie[7], l’organisation autochtone qui regroupe les 9 pays d’Amazonie. 

En 2018, nous avons officiellement intégré le Consortium APAC et fin janvier 2020, nous avons décidé de nous enregistrer en tant que Kawsak Sacha et territoire de vie au sein du Registre international des APAC et dans la Base de données mondiale sur les aires protégées (WDPA), deux registres administrés par le Centre mondial de surveillance de la conservation de la nature (WCMC).

La structure de notre gouvernement autonome permet la prise de décisions stratégiques, basées sur les pratiques, partagées de manière orale entre les membres de la communauté et transmises entre les générations. Nous disposons d’un « Projet de vie » et d’un Plan de gestion des ressources naturelles, entre autres fondements normatifs de la vie commune. En ce qui concerne la gestion du territoire, il est sectorisé en zones d’habitat, de logement, de culture, de chasse, de tambos (lieux de repos) et d’aires protégées. Chaque espace est régi par des normes spécifiques, élaborées selon les pratiques traditionnelles et approuvées par les Assemblées. La sectorisation permet une utilisation durable des ressources naturelles qui assure: la construction de logements et de canoës ; la chasse, la pêche, la collecte de fruits et le développement des activités agricoles pour garantir la sécurité alimentaire ; l’accès aux remèdes ; la tenue des fêtes traditionnelles et le transport fluvial (voir carte – sectorisation).

Sarayaku, Forêt Vivante, est un territoire de vie. Video de 2:30 min., Fondation ALDEA, 2020

Le muskuy (rêve et vision) qui nous guide est celui d’exercer nos droits collectifs sur la base d’un système de gouvernance autonome qui nous permette d’administrer le territoire et ses ressources naturelles sans intervention d’agents extérieurs. Nos normes et pratiques ancestrales relatives à l’utilisation des ressources naturelles sont réunies dans un Plan stratégique. Celui-ci recueille également nos approches collectives pour renforcer notre organisation autonome, administrer notre territoire et prendre soin de la nature et de la vie. 

Depuis 2012, nous avons créé un sentier vivant tout autour de notre territoire, le Sisa Ñampí, en semant des milliers d’arbres dont les fleurs et les fruits permettent de distinguer le territoire de Sarayaku depuis le ciel, tout en symbolisant la présence de notre peuple au cœur de la forêt, ainsi que la résistance, la solidarité, la complémentarité et la reconnaissance de la terre comme un être vivant. Les cercles qui délimitent le Sisa Ñampí portent les noms des êtres de la forêt, afin de perpétuer la mémoire de nos ancêtres. Les Kaskirunakuna surveillent le territoire, ses ressources naturelles et ses changements. 

Les hautes montagnes sont des êtres vivants et elles abritent les êtres protecteurs de toutes les espèces animales et végétales. Les rivières et les lagunes sont habitées par des êtres qui contrôlent et maintiennent l’équilibre et l’abondance des espèces vivant dans les eaux. La forêt est peuplée d’arbres millénaires indispensables à l’équilibre spirituel et avec lesquels tout le peuple communique et établit des liens. De plus, ils sont l’épicentre d’une biodiversité qui assure la vie de la forêt et de ses habitants.

Jeunes accompagnant le travail de la chacra. Photo: Wachachik.

La défense du territoire

L’obtention d’un titre de propriété sur le territoire fût le résultat de la manifestation historique « Kawsaimanda allpamanda jatarishun », convoquée en 1989 par l’Organisation des Peuples Autochtones de Pastaza (OPIP, plus tard renommée Pastaza Kikin Kichwa Runakuna[8]. A l’époque, cette manifestation avait généré le soulèvement autochtone des années 90 et c’est en 1992 que notre territoire fût reconnu légalement par le gouvernement, mais les cadastres établis ne correspondaient pas aux limites ancestrales intercommunautaires et interethniques. Bien que la délimitation proposée ne soit pas en accord avec la proposition des Peuples Autochtones de Pastaza, ces titres se révélèrent des instruments utiles pour la défense des territoires face à l’avancée de l’agriculture et de l’élevage. L’État équatorien a émis un titre collectif de 254 mille hectares de forêt tropicale au nom des Peuples Kichwas habitant les zones médianes et basses de la rivière Bobonaza, et dont 135 mille hectares appartiennent à Sarayaku.

En 1996, l’État équatorien a donné une grande partie du territoire de Sarayaku en concession à l’entreprise pétrolière argentine CGC. Pour mener son exploration et exploitation pétrolière, l’entreprise a cherché a diviser les communautés et à soudoyer les dirigeants. Fin 2002 et début 2003, l’entreprise entra de force sur le territoire, escortée par des militaires, pour effectuer des perforations, propager des explosifs et débuter l’exploration sismique.

En 2003, nous avons fait appel à la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et déposé plainte contre l’État équatorien. En 2010, le cas a été porté devant la Cour sur la base d’un rapport de fond, dans lequel la CIDH concluait que l’Équateur avait violé, entre autres, les droits à la vie, à l’intégrité et à la propriété, ainsi que les garanties judiciaires. La CIDH a alors dicté une série de recommandations à l’État équatorien, incluant des mesures de réparation et de non répétition, dont certaines n’ont toujours pas été appliquées. Le jugement émis par la CIDH est d’une grande importance parce qu’il renforce la jurisprudence interaméricaine relative aux droits des Peuples Autochtones[9].

Par la suite, la Déclaration Kawsak Sacha – Forêt Vivante nous a permis de lancer un mécanisme de reconnaissance nationale et internationale relatif à un système de protection autonome, élaboré sur le principe de l’autodétermination, qui respecte nos droits collectifs et notre vision. 

Rivière Bobonaza. Photo: Wachachik.

Territoire de vie et conservation de la biodiversité

Notre mission en tant que Peuple de Sarayaku est de prendre soin de notre territoire en l’utilisant de façon respectueuse, afin de renforcer le Sumak Kawsay (vie en harmonie) et d’assurer la continuité du Kawsak Sacha ou Forêt Vivante. 

Le territoire de Sarayaku n’est pas seulement un espace physique et géographique ; c’est d’abord le lieu depuis lequel nous élevons nos émotions lorsque nous nous connectons avec le monde des êtres protecteurs des lieux vivants, avec qui nous entretenons des liens qui nous permettent de sauvegarder nos systèmes économiques, nos propres technologies, connaissances et sciences ; notre vie sociale, culturelle, spirituelle ; et nos systèmes organisationnels et politiques; afin de construire notre futur, de décider de notre destinée de manière autonome et d’assurer notre continuité en tant que Peuple Autochtone. 

La Forêt est essentielle pour le peuple, parce qu’elle abrite les êtres protecteurs de l’ensemble de l’écosystème. Nous avons des règles spécifiques de cohabitation et des règlements quand à l’usage des ressources naturelles. Les Kaskirunakuna sont en charge de la surveillance et le Conseil de gouvernement des Tayjasaruta peut émettre des sanctions en cas de non respect des normes. 

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« En tant que Peuple Autochtone, nous avons fondé la défense de nos droits sur notre aspiration à une gestion autonome du territoire, ainsi que sur la conservation des systèmes écologiques amazoniens qui contribuent au maintien de cycles hydrologiques et climatiques cruciaux pour la planète. Tout cela est basé sur de profondes connaissances provenant de la Sacha Runa Yachay (sagesse des Peuples de la forêt) ».

Déclaration Kawsak Sacha

Femmes ramassant de l’argile pour les céramiques. Photo: Wachachik.

Autres critères de richesse

Notre Projet de vie est basé sur d’autres critères de richesse afin d’atteindre le Sumak Kawsay: un territoire sain, non pollué, et une terre productive et abondante en ressources naturelles, ou Sumak Allpa. En collaboration avec la coopérative de producteurs Sumi Sawa, nous mettons en place des initiatives en faveur de la sécurité alimentaire, comme l’élevage de poissons, un système diversifié de chacras et l’élevage expérimental d’espèces sauvages. Nous ne participons pas à l’économie de marché car tout ce qui provient de la forêt est considéré comme bien commun qui ne peut pas être commercialisé à l’extérieur. Seuls les produits issus des chacras peuvent être commercialisés. 

La forêt fournit les matériaux de construction et la toiture des logements, l’alimentation, les remèdes, l’artisanat, en plus d’abriter les êtres qui la protègent. D’importantes rivières traversent le territoire, générant sur leur passage des écosystèmes aquatiques divers qui fournissent principalement du poisson et d’autres espèces clefs pour l’alimentation de la population. 

Ces caractéristiques du territoire sont un atout important pour la conservation de la nature, l’adaptation au changement climatique et la gestion durable, grâce à des activités comme le tourisme écologique à petite échelle, ainsi que pour le contrôle de l’accès aux terres et à leurs ressources, la sécurité territoriale et la souveraineté alimentaire. 

Nous disposons d’un fonds communautaire alimenté par les personnes possédant des revenus fixes[10] et des alliés qui offrent leur aide sur divers projets. L’indemnisation que nous avons reçu de l’État suite à la décision de la CIDH a été investie dans la création d’une banque communautaire et dans l’achat de la ligne aérienne Aero Sarayaku. 

Menaces internes et externes

Les principales menaces qui pèsent sur notre territoire sont les politiques nationales qui favorisent le développement d’activités extractives en Amazonie (exploitation pétrolière, minière et forestière). Selon la Constitution (art. 408), les ressources naturelles non renouvelables et les produits issus du sous-sol (gisements minéraux et hydrocarbures) appartiennent à l’État, ce qui lui permet d’octroyer des concessions et d’émettre des autorisations pour l’exploration et l’exploitation, au péril des droits humains, des droits collectifs et des droits de la nature. Une autre menace pour le territoire et pour nos vies est la construction de routes, qui accélère la déforestation, la chasse et la pêche illégales ainsi que l’arrivée de colons. 

D’autre part, l’État a réduit les budgets dédiés aux politiques publiques en faveur des Peuples et Nationalités, notamment l’éducation interculturelle bilingue et la santé interculturelle ; des politiques qui étaient nées suite aux luttes menées par le mouvement autochtone. Les processus de planification territoriale et la gestion du développement au niveau local ne tiennent pas compte des décisions autonomes exprimées dans les Projets de vie, en même temps que les politiques nationales favorisent d’autres utilisations du sol et l’accaparement des terres. 

Reconstruction de la « maison technique » (bureau de la dirigeance et des équipes techniques) à Sarayaku. Photo: Wachachik.

Autre menace directe: les plaintes et accusations à l’encontre de dirigeants et de leaders populaires qui contribuent à la judiciarisation de l’exercice de nos droits collectifs. À cela s’ajoute la militarisation du territoire, la persécution, les menaces, les représailles à l’encontre des leaders et des défenseurs des droits humains et de la nature, rendues possible dans le cadre de déclarations d’état d’exception fondées sur des motifs douteux. 

Enfin, il existe une menace latente liée au fait que l’État peut, par le biais de ses institutions, cesser à tout moment de reconnaître notre processus organisationnel, le droit à la consultation préalable et la personnalité juridique du Peuple Kichwa de Sarayaku, étant donné que les autorités ne respectent pas les traités et instruments juridiques internationaux qui protègent les droits des Peuples Autochtones. 

Un territoire vivant et exempt d’extractivisme

En vertu de notre processus d’autodétermination et de l’exercice de nos droits sur notre territoire et notre identité, notre objectif est de préserver et de conserver de manière durable les espaces territoriaux ainsi que la relation matérielle et spirituelle que nous y créons, en tant que Peuples Autochtones, avec la Forêt Vivante et les êtres qui la peuplent.

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« Notre territoire vivant est et restera protégé du mercantilisme qui vise à extraire ce qui forme le Kawsak Sacha. Nous proposons un modèle de vie basé sur les critères de richesse de notre propre culture, comme l’existence sur notre territoire de rivières non contaminées, l’abondance de poissons, la vie au sein de l’ayllu et la force de notre organisation ».

Déclaration Kawsak Sacha

Inondations et pandémie de COVID-19

Mi-mars 2020, alors que le gouvernement équatorien déclarait l’état d’exception et d’urgence sanitaire face à la pandémie de COVID-19, ainsi que le début du confinement, nous avons fait face à quatre inondations consécutives dues au débordement de la rivière Bobonaza. Plus de 30 familles se sont retrouvées sans logement ; 80% de la population a perdu ses chacras, ce qui a porté gravement atteinte à la sécurité alimentaire ; quatre centres éducatifs sont désormais inutilisables ; des ponts et des chemins communautaires ont été détruits ; et certains moyens de transports (canoës et bateaux à moteur) ont été emportés par le courant. Nous avons donc subi une double crise: la pandémie mondiale de COVID-19 et le désastre causé par les inondations. 

Lors de la mise en place du confinement, le gouvernement n’avait prévu aucune solution pour l’approvisionnement des communautés vivant à l’intérieur de l’Amazonie. Des aides d’urgence et de contingence ont été proposées pour les secteurs vulnérables de la population durant la pandémie et pour les victimes des inondations. Cependant, pour faire valoir ces droits, les personnes devaient se déplacer jusqu’à la ville, en contradiction totale avec les mesures de restriction de mobilité. 

Après deux mois de confinement, nous avons commencé à nous déplacer jusqu’à Puyo, capitale de la province de Pastaza, pour nous réapprovisionner en nourriture, en médicaments et autres produits. Les étudiants et professionnels de Sarayaku qui se trouvaient hors du territoire commencèrent à revenir. Cette mobilité contribua inévitablement à la contagion de COVID-19. Celle-ci toucha 90% des adultes et provoqua la mort de quatre aînés. 

Anniversaire de l’association Atayak pour la préservation des savoirs ancestraux. Photo: Wachachik.

Depuis le début de la pandémie, même sans vraiment savoir ce qu’était la COVID-19, nous avons encouragé dans tous les foyers l’utilisation de la médecine ancestrale pour soulager les symptômes. La récupération et la résistance des Peuples Autochtones de l’Amazonie face à la maladie pourrait être liée à la consommation de plantes médicinales et à leur manière de vivre en équilibre avec la Pachamama.

Face à la complexité de la situation et à l’abandon total de la part des autorités provinciales et nationales, nous avons lancé notre propre Plan de contingence face à la COVID-19. À travers ce plan, nous avons promu l’usage de la médecine traditionnelle comme forme de prévention dans tous les foyers. Dans chaque centre communautaire, un groupe d’hommes et de femmes connaissant les plantes médicinales a été chargé de collecter les plantes appropriées, les stocker, les préparer et les distribuer. Le Comité d’opération d’urgence interne de Sarayaku a été mis sur pied pour répondre à la situation et une équipe de volontaires paramédicaux a été créée, en lien avec l’équipe de sécurité interne Wio, pour prendre soin des personnes vulnérables et présentant des symptômes de la maladie. Tous ces mécanismes de réponse d’urgence ont été mis en place malgré la destruction des principales voies de communication avec les communautés environnantes[11] et la ville de Puyo.

Nous avons pris des mesures d’urgence qui respectent nos cultures, afin de préserver notre droit à la vie, nos droits collectifs et ceux de la nature, à travers le renforcement des initiatives communautaires. 

Kawsak Sacha pour le monde. Vidéo de 5:50 min., sous-titres en anglais, Kawsak Sacha, 2019

Références

Visitez nos sites web, sarayaku.org et kawsaksacha.org, pour plus d’informations et pour savoir comment soutenir notre lutte.


[1] Autorités traditionnelles autochtones qui représentent chaque communauté au sein du Conseil de gouvernement du Peuple de Sarayaku. 

[2] Le messager entre le peuple et le kuraka; également en charge de la sécurité du kuraka, de la communauté et du peuple en général. 

[3] Pastaza Kikin Kichwa Runakuna – PAKKIRU (voir la page facebook de l’organisation).

[4] En Équateur, l’organisation politique et administrative du pays s’établit sur la base de provinces, cantons et paroisses. 

[5] La Confédération des Nationalités Autochtones de l’Amazonie équatorienne (Confederación de Nacionalidades Indígenas de la Amazonia Ecuatoriana, CONFENIAE) est une organisation autochtone régionale qui représente près de 1500 communautés appartenant aux Nationalités amazoniennes Kichwa, Shuar, Achuar, Waorani, Sapara, Andwa, Shiwiar, Cofan, Siona, Siekopai et Kijus.

[6] Confédération des Nationalités Autochtones de l’Équateur (Confederación de Nacionalidades Indígenas del EcuadorCONAIE).

[7] Coordination des Organisations Autochtones du Bassin de l’Amazonie (Coordinadora de las Organizaciones Indígenas de la Cuenca Amazónica, COICA) 

[8] Organisation des Peuples Autochtones de Pastaza (Organización de Pueblos Indígenas del Pastaza, OPIP), l’actuelle PAKKIRU

[9] Voir: Cour interaméricaine des droits de l’homme. Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku vs. Équateur. Jugement du 27 juin 2012 (texte en espagnol) https://corteidh.or.cr/docs/casos/articulos/seriec_245_esp.pdf

[10] Enseignants et enseignantes, techniciens de projet et autres personnes disposant de revenus fixes font don d’un pour cent de leurs revenus mensuels au fonds communautaire.

[11] Le pont principal qui relie entre elles les 7 communautés de Sarayaku a été détruit par la crue de la rivière.

A propos des auteurs

Ce rapport à été préparé par l’équipe de soutien technique du Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku, en collaboration avec la Fondation ALDEA.

Le Peuple Autochtone Kichwa de Sarayaku et la Fondation ALDEA sont Membres du Consortium APAC.

 

Traduction : Rachel Babin. Révision : Gaëlle Le Gauyer.